Posté à la fenêtre j'essais d'oublier la musique de l'eau qui coule.
J'observe le ciel à la recherche de l'oiseau que je voudrais être.
Je sens ta présence dans la pièce d'à côté, j'aimerais être ailleur.
Dans un instant je vais craquer, oublier qu'on a rendez-vous.
Ah oui c'est vrai on nous attend chez ta grand-mère pour déjeuner.
Elle nous en voudrais tu crois, si nous étions un peu en retard ?
Ou si l'on oubliait malencontreusement le jour du rendez-vous ?
Ah non impossible elle a appellé il y a une heure...
Je t'entend pester contre le gel douche si dur à ouvrir.
J'imagine tes mains effleurer ta peau si douce, la couvrant de mousse.
L'image du savon coulant doucement sur tes courbes a remplacé le paysage.
L'eau que j'entend doit certainement te débarasser de cet habit fragile.
Dévoilant la couleur dorée que t'a donné le soleil de l'été.
Tu dois déjà être au shampoing, ou peut être à ce produit...
Tu sais, celui que tu mets après et qui sens si bon.
Celui que je respire sur l'oreiller quand tu n'es pas là.
Je sais que tu n'as pas tiré le verrou en entrant dans la salle de bain.
Devrais-je m'aventurer à pousser la porte qui nous sépare ?
J'imagine déjà ta serviette éponge enroulée autour de toi,
Provocante, dissimulant ton corps autant qu'elle le dénude.
Je veux gouter la perle d'eau qui glisse sur ton cou.
M'ennivrer du mélange des parfums de ton corps et du savon.
Je veux sécher chaque parcelle de ta peau de mes baisers.
Je veux sentir la douceur de tes cheveux encore humides sur ma joue.
Il est trop tard, je craque, je rejoins les effluves aguichantes.
Tu te retournes,ton regard surpris me fait doucement sourire.
Tes lèvres entrouvertes m'évoquent le fruit interdit de la Bible.
Tu les étires en un sourire qui fait briller tes yeux et fondre mon coeur.
Je prend entre mes doigts une mèche humide qui couvre ton épaule fragile.
Le mirroir couvert de buée que tu essais d'essuyer,
Me donne l'envie enfantine d'y dessiner l'empreinte de nos mains enlacées.
J'ai trouvé la peau tendre de ton cou pour y inscrire une caresse.
Ton corps trouve de lui même sa place contre mon coeur qui bât.
Le bruit souple d'un tissu qui rencontre le carrelage et j'oublie tout.
Plus tard, je me souviendrais que nous sommes en retard...

